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2 juillet 1944 un survivant du "train de la mort" raconte.

2 Juillet 2014 , Rédigé par Les ami-e-s de Fontenay Publié dans #Histoire de Fontenay

Il y a 70 ans partait de la gare de Compiègne, le plus important convois de résistants et d'otages jamais déportés vers l'Allemagne par les occupants.

Un Fontenaysien, membre de notre association, Jacques Damiani, nous a fourni son témoignage sur ce que les déportés et historiens ont appelé "Le train de la mort". Qu'il en soit remercié.

2 juillet 1944 un survivant du "train de la mort" raconte.
"Pour chaque déporté, évoquer le convoi de sa déportation c’est revivre un cauchemar. Mais pourtant il nous faut raconter, expliquer, dire jusqu’au bout de notre âge, même si c’est difficile, il faut le faire.
C’est par celui du 2 juillet 1944, l’un des 29 de 1944 (14 convois de persécution déportant des Juifs et 15 convois de répression composés de Résistants et d’otages), que, partant de Compiègne, après 4 jours et 3 nuits d’une terrible épreuve, nous sommes arrivés à Dachau. Nous étions entrés au camp de Royallieu à Compiègne venant du quartier cellulaire de la centrale d’Eysses à Villeneuve-sur-Lot via la prison de Blois. Sur les 60 détenus pris comme otages après notre révolte armée du 19 février 1944, nous ne restions que 48, nos 12 blessés ayant été fusillés. Les 1100 autres camarades de la centrale d’Eysses avaient déjà été déportés par le convoi précédent le 18 juin.
2 juillet 1944 un survivant du "train de la mort" raconte.
A l’aube du 2 juillet 1944, notre premier réflexe, lors de l’appel des noms des plus de 2150 partants, fut d’essayer de nous regrouper. Pendant le trajet à pied du camp à la gare, long d’un peu plus de 3 km, je me revois encore sautant discrètement d’un rang de prisonniers à l’autre avec quelques copains. Ainsi nous nous sommes retrouvés une petite vingtaine de résistants d’Eysses ensemble devant le wagon de marchandises sous une légère bruine. Les autres copains, une trentaine sont aussi regroupés dans un wagon… dont la capacité est « 40 hommes, huit chevaux en long »… A coup de crosses nous sommes entassés à plus de 100 dans cet espace d’à peine 21 m² ! La porte refermée avec force vocifération des gardes, c’est une sensation d’étouffement qui nous étreint car c’est une journée chaude qui se prépare, comme les précédentes. Il est à peine 7 heures du matin.
Wagon du Mémorial de la gare de Compiègne.

Wagon du Mémorial de la gare de Compiègne.

Nous les « Eyssois » tous résistants déjà bien aguerris qui avons connu de nombreux combats, des prisons et la répression, nous nous sommes regroupés dans un coin. Tout de suite nous décidons que, dès que le train roulera, nous essaierons de déclouer les morceaux de planches qui obturent les deux lucarnes du wagon afin d’avoir un peu d’air. Déjà des chicanes, des altercations, des cris s’élèvent de cet amoncellement de corps enchevêtrés. Il faut réagir avant qu’une bagarre n’éclate. Bref colloque entre nous et l’un de nos camarades prend la parole : « Notre voyage risque de durer, il faut économiser l’oxygène surtout à l’arrêt. Voici ce que nous allons faire : la moitié du wagon se tiendra debout, pendant que l’autre s’assiéra en tailleur, emboités les uns dans les autres pendant que trois d’entre nous agiterons des serviettes pour renouveler l’air ». 
 
La majorité accueille nos propos avec soulagement. Mais trois prisonniers protestent : « De quel droit tu donnes des ordres ? Tu n’es pas plus que nous ici, nous ferons ce que nous voudrons ». Il est nécessaire de leur expliquer que l’intérêt collectif doit primer, que de toute façon ils n’ont pas le choix et que nous sommes prêts à leur imposer par la force. Matés ils se taisent. C’est une discipline pas librement consentie mais qui a sauvé la vie à tous ceux du wagon, pendant le voyage tout du moins. C’est avec la même détermination que plus tard nous assommons le premier qui devenait fou. C’était un chef de gare qui à chaque arrêt du train criait pour qu’il reparte et vite. Il a fallu le « calmer » pour ne pas que son angoisse se répande. Notre camarade recommande ensuite de manger le moins possible de la boule de pain et de la portion de chair à saucisse que l’on nous a remises au départ car nous n’avons pas d’eau.
 
            Au bout de deux longues heures, le convoi s’ébranle. Avec les outils que le comité de résistance du camp nous a remis et que nous avons réussi à camoufler, nous arrivons à désobstruer les deux lucarnes ce qui permet à ceux qui en sont proches d’avoir un peu d’air. Nous y portons, tout au long du parcours, pour les ranimer, ceux qui tombent en syncope. Il fait une chaleur étouffante et malgré que nous soyons torse nu, nous ruisselons de sueur. Les blessures que m’ont causé des coups de cravache il y a quelques temps, surtout celles sur mon cou, me brûlent comme si l’on m’y appliquait un fer rouge. Une soif presque inextinguible me fait parfois délirer. Je vois une fraiche rivière où l’on pourrait plonger et boire à satiété, comme le Gardon où je me baignais autrefois… Par moment une envie presque irrépressible me vient de marcher. Et pourtant il faut se discipliner. 
Fond Musée de la Résistance Nationale, Champigny-sur-Marne.

Fond Musée de la Résistance Nationale, Champigny-sur-Marne.

2 juillet 1944 un survivant du "train de la mort" raconte.
Il m’est impossible de relater en détail les jours d’attente et de douleur de ce « Grand Voyage ». Mais quelques faits émergent de ces lancinants souvenirs.
D’abord l’odeur qui, dès le premier jour vers Reims, envahit le wagon, venant de celui qui le précède. Odeur douceâtre, écœurante, une odeur de mort, de pourriture, de plus en plus forte. Nous saurons à l’arrivée que, dans ce wagon métallique, il n’y a qu’un survivant au milieu d’une centaine de cadavres en putréfaction depuis des jours…
Je me souviens qu’à un moment, nous étions encore en France, j’ai pu griffonner un mot sur un morceau d’emballage qu’un camarade m’a fourni avec un petit bout de crayon. J’ai jeté le mot par la lucarne, comme une bouteille à la mer. Ce qui est formidable, c’est qu’une garde barrière, Mme Bonnet, mère de 5 enfants, l’a trouvé et l’a fait parvenir rapidement avec une belle lettre à mes parents.
Un souvenir plus difficile me revient aussi. Lorsque nous avons commencé à scier le plancher du wagon qui était en bois pour tenter une évasion, le trio de mauvais coucheurs que nous avions obligé à suivre la discipline générale s’est à nouveau manifesté. Il nous accusait de vouloir les faire fusiller comme nous en avaient menacé les gardes en cas d’évasion et menaçaient d’appeler. Pour eux c’était de notre faute « s’ils avaient été arrêtés comme otages, eux qui n’avaient rien fait aux Allemands ». Ils se disaient prêts à travailler en Allemagne. Nous, nous savions ce qu’il en était de la répression puisque nos camarades de combat de la centrale d’Eysses blessés avaient déjà été fusillés. Mais nous avons tout de même dû abandonner notre tentative d’évasion.
Un autre souvenir est celui d’une impression de fraîcheur exquise lorsque, près de la lucarne, un camarade me passa un linge mouillé sur le visage. Au changement de position, il m’avait trouvé inconscient, déjà cyanosé, proche de l’asphyxie. En me soutenant près de l’ouverture, il me tamponnait le visage avec un linge qu’il humectait de l’eau de pluie qui coulait du rebord du toit. Il m’a ramené à la vie. Cela faisait si longtemps que nous roulions.
Trajet du "Train de la mort"de Compiègne à Dachau entre le 2 et le 5 juillet 1944.

Trajet du "Train de la mort"de Compiègne à Dachau entre le 2 et le 5 juillet 1944.

Dans l’après-midi du quatrième jour nous sommes arrivés à Dachau. Les survivants se sont extraits des wagons. C’est grâce au sang froid et à la cohésion de notre petit groupe de résistants soudés par un combat commun, que dans notre wagon on ne compte aucun mort. Ce convoi entre dans l’histoire des camps sous l’appellation de « train de la mort ». Une étude minutieuse a recensé 546 noms de morts à l’arrivée. Parmi eux il y avait deux fontenaysiens : Claude Beaupère, 17 ans et Pierre Diet, 42 ans. Ce chiffre restera à jamais gravé dans la mémoire des rescapés. Moins de 950 sont revenus des camps en 1945. Nous ne sommes plus qu’une poignée aujourd’hui"…
Plaque du Mémorial de la Liberté de Fontenay-sous-Bois.

Plaque du Mémorial de la Liberté de Fontenay-sous-Bois.

Un livre référence sur le convoi du 2 juillet 1944...

Un livre référence sur le convoi du 2 juillet 1944...

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Je vous approuve pour votre exercice. c'est un vrai exercice d'écriture. Développez



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